Mae Hong Son…à la rencontre des femmes girafes.

Avant de s’y rendre…nous ne savions rien de cette route pourtant si populaire.  En effet, elle compte pas moins de 1864 courbes dans les montagnes et ici…on parle de montagnes, des vraies là!  Le mal des transports vient pendant le trajet…c’est évident!  Il s’accompagne d’oreilles qui bouchent et qui débouchent sur une distance de 236 kilomètres, qui prend plus de 5:30 à parcourir.  Je vous assure que notre choix  pour le retour est allé vers l’avion…sans hésitation!

Mais…on voulait absolument s’y rendre!  On reconnaît notre privilège d’aller à la rencontre des femmes « Padaung » celles que l’on surnomme les « femmes girafes » ou encore les « long neck ».  Pourquoi souhaiter se rendre dans un de ces villages? Pour plusieurs, c’est du voyeurisme. Pour d’autres, c’est une profonde fascination pour les minorités ethniques et les coutumes ancestrales, nous sommes de ceux-ci.  Il demeure qu’il est fascinant d’aller à la rencontre de ces minorités ethniques. Mais… devons-nous encourager ou condamner cette pratique contraignante, en visitant ou pas, les villages Karen que certains qualifient de zoo humain? C’est la question que beaucoup de voyageurs responsables se posent…et elle se doit de l’être.

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Ce voyage en Thaïlande, il nous a mené à Mae Hong Son, une toute petite ville qui se situe à une centaines de kilomètre de la frontière du Myanmar (ancienne Birmanie). Toute personne qui se rend  au nord de la Thaïlande se fait assurément offrir l’opportunité d’aller visiter un village Karen.  Ceci permet d’aller à la rencontre des célèbres femmes girafes de la tribu « Padaung », qui sont apparentées à l’ethnie Karen.  Elle sont reconnaissables par les anneaux en métal qu’elles portent autour du cou, mais aussi autour de leurs mollets. Ces femmes sont originaires du sud du Myanmar.  Toutefois, en raison du régime militaire répressif de leur pays, plusieurs se sont installées dans les villages frontaliers du nord de la Thaïlande.

 

Nous sommes fascinés par les minorités ethniques, ces peuples souvent jugés et persécutés en raison de leurs différences.  Ceux-ci sont si attachés à leurs cultures et à leurs pratiques ancestrales qu’ils en deviennent des exclus de la société, qui elle, tente de mettre tout le monde dans le même moule!  Néanmoins, nous avons longuement hésité avant de nous décider d’aller visiter un village.  Il faut savoir que certains villages sont à la base des camps de réfugiés pour plusieurs ethnies minoritaires qui ont dû fuir la répression du régime militaire du Myanmar, mais d’autres villages ont été construits de toute pièce par des agences de voyages et tours opérateurs sans scrupule pour servir d’attractions touristiques, contribuant ainsi à la stigmatisation de cette ethnie.  Évidemment, les vedettes de ces villages sont les femmes aux longs cous qui perpétuent une ancienne tradition de déformer leur corps pour des raisons ambiguës. Est ce pour préserver l’identité culturelle de leur ethnie ? Est ce leur standard de beauté? Ou est ce devenu leur seul moyen de subsister en tant que réfugiées, par l’attrait qu’elles exercent sur les touristes ?

D’un point de vue physique et esthétique, ça ne m’apparaît pas  plus choquant que tout ce que nous faisons subir à notre corps dans notre société moderne  « soit-disant évoluée », et ce, pour satisfaire aux standards de beauté de plus en plus sévères envers les femmes, imposés par une société de consommation obsédée par les apparences. Alors…qui sommes-nous pour juger?  On peut ne pas être d’accord avec certaines pratiques ancestrales, mais les condamner serait le comble de l’hypocrisie sociale.

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Certes, il vaut mieux éviter les « faux » villages Karen qui se retrouvent aux environs de Chiang Mai.  Ces femmes sont installées dans ces villages, loin de leur famille, et ce, afin d’y être exhibées comme des bêtes de cirque, pour les touristes, en quête de photos exotiques.  Toutefois, la visite des villages de réfugiés aux abords de la frontière du Myanmar est une façon éthique et honorable de participer à l’essors de ces femmes qui ont des moyens très limités relativement à leur statut politique.  Or, la majorité ne vivent que du tourisme et de la vente de leur artisanat, qui à mon sens, a la grande valeur d’être fait de leurs mains. Dès l’entrée du village, une contribution financière de 200 Baht par personne est demandée, afin de supporter le coût des besoins de base du village visité.

C’est en scooter que nous nous sommes dirigés vers le village de « Ban Naï Soï »…le village le plus éloigné de la ville de Mae Hong Son.  Pour y accéder, il faut sortir des sentiers battus et rouler, rouler, rouler pendant plusieurs kilomètres.  Les indications sont rares et c’est non sans hésitation que nous nous y sommes rendus.  Sur une route isolée, sinueuse et montagneuse…je peux vous assurer qu’à plusieurs reprises, nous avons pensé rebrousser chemin, mais on tenait tant à cette visite!  On arrive finalement devant un petit panneau marqué d’un dessin de femme portant les anneaux, avec une flèche indiquant un minuscule sentier de terre battu pointant vers un champ.  On le prend!  En effet, on arrive dans un champ bordé d’une rivière.  De l’autre côté de la rive, on aperçoit des bâtiments qui pourraient indiquer qu’il s’agit du village Karen.  On aperçoit 2 jeunes hommes qui viennent à notre rencontre dans une barque.  Ils nous informent qu’il nous en coûte 220THB/personne (200 thb pour le village et 20 thb pour la traverser en barque) pour se rendre au village.  C’est bien peu!  L’argent dépensé pour se rendre dans le village et dans le village ira directement aux femmes Karen et non au gouvernement Thaï.

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Les habitations du village sont en bambous,  en planches et chaumes, elles sont montées sur pilotis pour résister au coulées de boue lors des moussons. Chaque famille élève des cochons, des poules et cultive des bambous . Le village est tout de terre battue, de même que le sentier qu’il faut emprunter pour s’y rendre. Les femmes Padaung  à la peau pâle ressemblent à des figurines exotiques, quand elles sont assises droites sur leur vérandas, affairées à confectionner des écharpes.

La tradition veut que la première spirale soit posée dès l’âge de cinq ans sous l’autorité d’un chaman un jour de pleine lune. Certaines fillettes sont ainsi ornées d’une spirale façonnées autour de leur cou pour former une dizaine d’anneaux. On explique que dans certains villages, seulement les filles nées un mercredi sont choisies  pour ce destin. La spirale est remplacée par une plus grande et plus lourde durant le développement de la fille jusqu’à l’âge adulte ou la jeune femme se fait orner avec un collier permanent allant jusqu’à 25 anneaux et pouvant peser jusqu’à 10 kilos. Le poids des anneaux en cuivre ou en bronze est supporté par la cage thoracique et compresse ainsi leurs épaules et leurs clavicules, plutôt que d’étirer leur cou, comme on pourrait le penser. Leurs vertèbres se développent ainsi vers le bas leur donnant de très petites épaules arrondies, une poitrine presque inexistante, une posture droite et l’illusion d’un cou anormalement long.

On raconte que le port des anneaux autour du cou était à la base pour protéger les femmes contre les attaques de tigres. La pratique a évoluée pour signifier l’appartenance de la femme à une certaine tribu, son niveau social, pour symboliser sa richesse ou encore pour accentuer sa beauté. Mais la « beauté » a un prix. À cause des anneaux, certains gestes sont restreints: « Elles doivent toujours regarder droit devant, elles sont incapables de lever les bras au dessus de la tête ou de se pencher trop bas etc. »

De surplus,  les anneaux peuvent également causer des brûlures lors de grandes chaleurs. Il est vrai que les muscles du cou s’affaiblissent avec le temps mais la croyance populaire que le retrait des anneaux provoquerait l’effondrement du cou et le décès s’avère être un mythe.  Il est possible de les retirer à la vingtaine avant que le cou ne soit trop atrophié, et avoir une vie « normale » lorsque le cou se renforce et les vertèbres reprennent leur place. Si la spirale est retirée, il est difficile et dispendieux de la remettre parce qu’elle est façonnée de manière très précise pour se mouler spécifiquement au cou de chaque femme.

 

Bon à savoir pour le choix d’une visite dans un village Padaung Karen en Thaïlande:

  • À Chiang Mai: les villages de Mae Sa et Chiang Dao en périphérie de Chiang Mai sont effectivement de faux villages mis en scène pour les touristes.
  • À Thaton: Le village de Wat Ban Nana Pao était effectivement un village de réfugiés pour minorités ethniques incluant les Karen mais aussi les Palaung et les Kayaw de part sa proximité à la frontière birmane. Malheureusement, ce village a été reconverti en attraction touristique.
  • À Mae Hong Son: Enfin, les deux villages situés près de Mae Hong Son, dont le célèbre Ban Naï Soï, sont de véritables villages de réfugiés Padong, très peu visités (Les 10 dernières années, le nombre de touristes qui s’y rendaient annuellement était de 1500 personnes soit une moyenne de 4 par jour !).  Malheureusement, ces villages vont disparaitre. En effet, après avoir compté plus de 250 habitants, leur population a considérablement diminué. Ban Nai Soi, ne comptent d’ailleurs plus que quelques femmes portant encore le collier Padong, toutes les autres ayant été envoyé en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis par des ONG l’année dernière.

Nous avons aussi apprécié le village de Mae Hong Son pour son authenticité.  Les touristes s’arrêtent dans le village de « Pai » et ne se rendent pas jusqu’à Mae Hong Son…il conserve donc son âme bien préservé.  Les marchés du matin et du soir dictent le tempo des habitants du village.  D’y circuler nous permet de se rapprocher de cette culture qui nous attirent à plusieurs égards.

Quant au marché du soir, ce dernier prend place autour du lac qui lui, fait face à un magnifique temple tout en lumière…d’y être est un moment magique.

Après un séjour de deux jours, on quitte Mae Hong Son pour Bangkok.  Nous y passerons une nuit en attente du vol qui nous mènera dans le sud de la Thaïlande.

 


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